La terre lingonne est source d'inspiration pour nos écrivains locaux.
Retour


Ils ont su et savent aujourd'hui si bien la chanter. Son caractère inspirent nos hommes de lettres.
Outre Denis Diderot, auteur de l'Encyclopédie, pour les plus célèbres,

Joseph Cressot
a su parler avec amour de la vie des hommes de la fin du 19 ème et du début 20ème siècle
tout comme AndréTheuriet.
Ils furent suivi de près par le chansonnier Bernard Dimey, Jean Robinet et de bien d'autres.
Sur les étagères de la bibliothèque de mon village, je trouvai un jour, un recueil intitulé:
" Au jardin d'Autrefois" de Maurice Dufossé.

Un véritable petit bijou, ignoré de la plupart des Haut-Marnais.
J'ai retrouvé ses enfants; ils vivent toujours sur la terre que leur père a su leur faire aimer.

Ce sera notre cadeau à tous les lecteurs de ce site.

LA FRICHE…

Sur le plateau Langrois, ses domaines perdus
Ouvrent leur solitude au grand envol du rêve
On y trouve des pins et des frênes tordus.
Même aux jours de l’été, le vent souffle sans trêve
Sur l’agressif chardon et le gazon sans sève.

Parfois, quelques bouleaux. Beaucoup de noisetiers.
En mai, quelle splendeur aux bouquets des mancines
Comme aux buissons épars des roses églantiers !
De St Ciergues à Noidant, de Sts-Geosmes à Voisines
L’air sent la Liberté, les foins et les résines.

C’est le royaume heureux de lièvre et de lapin ;
Celui de l’escargot, celui de la vipère.
Tourterelle, écureuil, et merle dans le pin…
On y rencontre aussi renard, le fin compère,
Que chair de capucin rend agile et prospère.

La saint Georges venant, l’herbe bleuït en ronds
Que la légende a fait nommer ronds de sorcières.
C’est le temps de chercher les premiers mousserons :
Eléments parfumés d’omelettes princières.
Allons vite remplir paniers et gibecières !

Puis, de septembre au gel, d’autres ronds familiers
Livreront les teulons et les roses d’automne,
Les gris, les charbonniers autour des prunelliers.
Aux fruits noirs des ronciers la guêpe encor bourdonne.
Bénis soient les trésors que la friche nous donne !

Elle est la maigre terre à son commencement,
Où sans cesse le soc toucherait à la roche.
Partout l’épine croît – stérile et noir sarment-,
Et le coudre en buisson gagne de proche en proche
L’espace où le chétif genévrier s’accroche.

Tout cela c’est la friche, et c’est l’immensité ;
Un plateau sans chemin à l’herbe rase et dure
Où le grillon joyeux vibre aux feux de l’été.
Et le poète y cherche – ami de la nature_
Un royaume de paix, de rêve et d’aventure.    
-Maurice Dufossé-

mancine
Calta des marais
anémones pulsatilles
 
Haut de page

LES SIMPLES

Tout au fond du grand potager
Etait le coin des bonnes plantes :
Celles qui savent soulager.
Et les grand-mères vigilantes
Veillaient sur lui jalousement,
En les gardant des folles herbes ;
Rien ne vaut le médicament
Que la nature donne en gerbes :
L’hysope, la menthe, le thym,
Et la mélisse, et la verveine…
On pouvait trouver au jardin
-Sans se donner beaucoup de peine-
De quoi soigner les maux de reins,
Le rhumatisme ou la bronchite ;
Et des remèdes souverains
Qui vous passaient la pharyngite,
La migraine, l’asthme, l’abcès,
La somnolence ou l’insomnie,
Ainsi que labile en excès.
O végétation bénie !
Mais fallait-il encore savoir
Le temps précis de la cueillette,
Pour en garder le bon pouvoir.
Ce n’est pas si simple, fillette !
Malgré tout ce que nous savons,
Nous ne connaissons plus grand’chose…

En des sacs de toile, aux plafonds,
Séchaient tilleul, serpolet, rose,
Reine-des-prés, pas d’âne, thé,
Chardons-bénits, douces-amères,
Tout ce qu’il faut pour la santé….

C’était le secret des grand-mères.

Maurice Dufossé

Poivre sauvage
 
Haut de page
feu de joie

DANS LES BOIS

Coupe alisier et noisetier,
Et jette ton fagot dans l’âtre ;
Que nous voyions, un soir entier,
S’élever la flamme bleuâtre.

Et nous viendrons près des tisons
Sécher nos nippes guenilleuses,
En apportant, des horizons,
Du rêve en nos âmes joyeuses.

Nous deviendrons des primitifs
Autour de l’éclatante braise.
Nous entendrons les vents plaintifs
Souffler sous l’orme et le mélèze.

Et longtemps dans la paix des bois,
Tandis que rôtit quelque bête-

Pareils aux hommes d’autrefois,
Nous nous croirons à quelque fête

Païenne… Allons charger le feu !
Que sous nos nippes guenilleuses,
Nos âmes montent jusqu’à Dieu,
Reconnaissantes et pieuses !

Maurice Dufossé

   

ECRAIGNES

Tandis qu ‘aux portes verrouillées
L’hiver cognait à coup de vent,
Que disiez-vous, dans les veillées,
Bonnes gens du vieux temps d’avant ?…

C’étaient les naïves histoires
Qui se content encor chez nous.
Vous évoquiez des messes noires,
Et de vils sorciers à genoux ;

Et le Foultot, diable pendable,
-Le plus diable qui se put voir-
Menant un sabbat formidable

Sur nos collines dès le soir ;

Et Chirapa, qui vend son âme
Au terrible Astaroh langrois…
Salandron, éteignant la flamme,
Le sauva de bien grands effrois.

Si vous parliez des Dames blanches,
De l’or caché dans des caveaux,
Des gais lutins tordant les branches
Ou nouant le crin des chevaux ;

Et si vous contiez les sorcières,
Les sabbats et les mauvais sorts,
Les loups-garous, et les lumières
Qui brillent sur le champ des morts ;

C’était le moment, bonnes femmes,
Vieillards assis devant le feu,
De mettre vos cœurs et vos âmes
A la seule garde de Dieu.

Tardivement, dans la chaumière,
En vos écraignes de jadis,
Tout finissait par la prière
Aux bons anges du Paradis.

                Maurice Dufossé

 

Plateau de neige

Frimas

Chemin de neige à Peigney
 
Haut de page
Marie-Pierre et Antoine Deletraz / Bertrand     16, rue de la fontenelle      52200 PEIGNEY
Tél : +33 03 25 87 63 94     Courriel : lechanteaupeigney@yahoo.fr     Site: http//www.lechanteau.fr